Comité scientifique

 

En janvier 2016, le comité scientifique de l’association Les Amis de l’Esparrou, vers un Centre Culturel de rencontre s’est réuni.
Il est composé de six personnalités du monde des arts, de l’histoire, du patrimoine, de l’environnement et de la recherche en pédagogie vocale.

– Gaëlle Aggeri, membre du Comité des Parcs et Jardins du Ministère de la Culture qui conseille les jardins labellisés remarquables pour leur patrimoine. Paysagiste chercheur associé à l’École nationale supérieure du Paysage de Versailles-Marseille.

– Dr Benoît Amy de la Bretèque, phoniatre, chercheur au laboratoire d’audio-phonologie d’Aix en Provence.

– Georges Buisson : a dirigé pendant plusieurs années la Maison George Sand à Nohant, il préside actuellement la Maison de la culture de Bourges.

– Nicolas Frize, compositeur

– Aurélien Poidevin, professeur agrégé d’histoire contemporaine à l’université de Rouen, chercheur à la HEM de Genève ; thèmes de recherche : Histoire administrative, politique et sociale du spectacle vivant (XIXe-XXe siècle). Histoire des institutions musicales (XIXe‐XXe siècle). Histoire des arts et techniques de la scène (XVIIIe‐XXe siècle).

– Olivier Poisson, inspecteur général du patrimoine, expert dans le domaine du patrimoine, mobilier et immobilier : conservation, restauration, interprétation, mise en valeur. Expert pour le patrimoine mondial de l’UNESCO. Historien des idées et pratiques sur le patrimoine, historien des restaurations de monuments, du 18ème au 20ème siècle. Spécialiste et biographe de l’architecte et théoricien Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879). Historien de l’art et de l’architecture, spécialement du domaine français méridional et du domaine catalan, à l’époque romane et médiévale.

Quelques mots de Georges Buisson :

georgesbuissonL’intime évoque une «vie intérieure profonde», une certaine notion de «rapprochement». Cela peut aussi évoquer «le précieux», «le rare». «Petite assemblée», l’art du salon.
Plutôt une volonté de «démocratisation» plus que «la massification». Un certain refus de la démonstration.
Une recherche d’avantage axée sur la démocratisation des publiques, sur la rencontre authentique entre public et artistes, entre public et le site, entre les artistes et le site. D’où la pertinence d’un «Centre culturel de rencontre», rencontres au pluriel.
Cela implique une ouverture vers l’extérieur. Un cheminement entre l’intérieur (le Château) et l’extérieur (le territoire et le monde). L’infiniment petit et l’infiniment grand.

Le site en dehors du parc invite aux petites assemblées. Il souligne le qualitatif de la rencontre intime, il la garantit même. Cet intime doit être partagé par les artistes et les visiteurs.
Il serait bien que le public ait le sentiment de «rendre visite au château», comme des invités le feraient s’ils étaient conviés personnellement. Se rendre «au château» n’a rien d’anodin. La qualité de l’accueil, la manière d’être sollicité seront la garantie de la perception du projet et sa compréhension par le plus grand nombre, donc de son partage. L’intime se doit d’être ressenti. Aller à l’Esparrou, ce n’est pas aller ailleurs. Ce n’est pas un lieu de consommation, plutôt un lieu de dégustation. Il y a là un lien avec le vin que l’on déguste, s’il s’agit d’un bon cru. Le visiteur doit se sentir accueilli dans un lieu exceptionnel.

La visite du château a fait ressentir fortement un lieu habité, pas abandonné. Un lieu qui a connu une existence. A ce titre il est vivant et tout sauf neutre. Il dégage une très grande «humanité». Il semble avoir existé, il fut habité, il est encore habité. Il faut qu’il le demeure. Il conserve ses traces, ses histoires successives : Papiers peints, décoration, délimitations des espaces, rôle des espaces, etc. Il en est de même pour le parc. On a davantage envie de se «glisser» dans l’intime de ce qui existe encore avec force. Il faut préserver le subjectif du château pour trouver son universalité. Il ne faut pas que le site patrimonial s’excuse d’être là. Intime signifie aussi «vie intérieure profonde. C’est dans la perception de cette «vie intérieure profonde» que les artistes trouveront leur ressourcement. Il faut que le site agisse sur leur univers. C’est cette rencontre improbable entre un lieu «habité» et l’univers de chacun des artistes invités qui garantira la valeur et l’authenticité du projet de l’Esparrou. Par ailleurs la notion de durée doit être prise en compte pour donner toutes leurs chances aux rencontres. L’Esparrou est un lieu du possible. Il permet la confrontation sensible avec l’art. C’est un lieu qui interroge plutôt qu’un lieu qui affirme ou qui confirme. Le site dégage la force d’une matrice prometteuse. Il protège. Plusieurs rencontres, séminaires ou conférences pourraient se faire sur l’interrogation de «l’intime». Dans une œuvre (artistes), dans la société (sociologues) dans la sphère politique (Philosophes). Les rencontres ou les conversations de l’Esparrou pourraient nourrir régulièrement le projet et le public.

La restauration devrait prendre en compte cette belle fragilité, la conserver. Laisser les choses «en l’état», en tout cas ouverte à toutes les différentes histoires du château et de son parc. La beauté réside aussi dans un temps qui s’est fané. Le voile du temps passé est fondamental. Il me renvoie à «la fête étrange» du grand Meaulnes d’ Alain-Fournier. A ce titre le château est précieux.

Comme on l’a dit, le projet doit intégrer la personnalité viticole du domaine. Le vin est un élément qui s’inscrit dans une histoire, dans une culture.
Les liens entre arts et vin sont multiples. L’art de consommer le vin est précieux, il procède lui aussi d’une certaine élégance intime.
Pour moi, le projet de l’intime dans un tel site est juste, original et prometteur. Je garde une belle imprégnation de mon passage à l’Esparrou. Ce site est comme une île «arrêtée» dans le temps, préservée de la laideur environnementale. Son parc est un bel exemple d’un «jardin en mouvement» cher à Gilles Clément. Il est le contraire des «espaces verts» imposés dans la ville. L’Esparrou est le bel exemple de ce qu’il convient de préserver pour indiquer les dangers qu’il y a à «participer à la laideur du monde». Ce projet me parait essentiel comme témoignage d’un certain art de vivre. L’art saura se saisir de cette opportunité pour conserver à ce lieu sa nécessité de vivre et de se développer. L’Esparrou est aussi un espace de résistance.
Le projet ne peut qu’être évolutif. La phase présente doit consolider le projet, les moyens et les décisions politiques le concernant tout en œuvrant concrètement à démonter le bien fondé de la rencontre entre le site, les artistes et le public.
C’est une période de véritable préfiguration qui pourrait réunir tous les partenaires intéressés : collectivités territoriales, Etat et propriétaires. Le but de cette préfiguration est d’affiner le projet et de le rendre possible dans une attitude positive et partagée, de l’accompagner vers son aboutissement.

Voilà dit rapidement ce que j’ai ressenti de notre première rencontre.

Georges Buisson